Claudy Robin : le surf vu par un non voyant

Article de Surf Session Magazine, Olivier Hamelin – septembre 2012 claud-562x450

Atteint d’une maladie génétique de la rétine depuis l’âge de 9 ans, Claudy Robin, un bordelais de 43 ans, a perdu la vue il y a 6 ans à la suite d’un grave accident l’ayant plongé dans le coma. Un an après cette terrible épreuve, sa rencontre avec le surf allait changer sa vie.

Tout est parti d’une vidéo relayée par Surf Session, retraçant une session à Pipeline de Derek Rabelo, surfeur non-voyant brésilien en trip à Hawaii. Claudy nous avait alors contactés via les réseaux sociaux : “les gars, en France aussi il existe un aveugle qui surfe”.

À l’écoute du feeling.

Claudy surfe depuis maintenant sept ans. « Depuis l’âge de neuf ans, j’ai une maladie génétique de la rétine qui me fait perdre la vue » m’explique Claudy. « Il y a six ans, j’ai eu un grave accident qui m’a plongé dans le coma. Lorsque je me suis réveillé, j’avais perdu plus de la moitié de mon acuité visuelle. » Prisonnier de cette geôle trouble, Claudy aurait pu abandonner, baisser les bras et se résigner, mais c’était sans compter sur une rencontre avec cette bonne vieille planche à dérive qui allait changer sa vie, et le pousser à briser ses chaînes.

« Ma première vague, c’était il y a cinq ans à Biscarosse », se rappelle-t-il avec émotion. « J’ai d’abord commencé par surfer couché sur des mousses, puis j’ai voulu progresser comme tout le monde. Aujourd’hui, quand je vois que je peux prendre des vagues de près d’1,50 m sans tomber, je me dis que c’est gagné. »

Entouré de ses potes Tony, Rodolphe, Pierre ou encore Rafio, Claudy arrive désormais à surfer assez régulièrement, mais il sait qu’il ne sera jamais totalement indépendant sur sa planche. Chaque session entouré de ses potes est pour lui une bénédiction, un cri de joie, une curiosité de vivre, selon ses mots. Il faut les voir et les entendre à l’eau, lui et ses acolytes qui l’orientent, le placent et le guident. Les codes sont clairs : seuls quelques mots leur suffisent pour se comprendre. Ces gars-là sont portés par une véritable harmonie qui réchauffe le cœur. « Rafio, c’est mon jumeau dans l’eau. Avec lui, on a acquis des automatismes et des réflexes. On a des codes verbaux qui me permettent d’anticiper. Des mots très courts qui m’évitent de prendre la vague en pleine face. Et maintenant, la plupart des vagues que Rafio me fait prendre sont propres. »

« Bien sûr, la route a été longue, et les chutes sont encore nombreuses. « Mais les non-voyants ont une organisation dans l’espace en général beaucoup plus rapide que les voyants, ajoute-t-il. Nous devons nous concentrer sur les réactions de notre corps, et développer d’autres sens qui vont nous permettre d’avoir une assise plus forte et d’être aux aguets. Pour nous, c’est d’abord une écoute de l’élément et ensuite du corps. »

Une écoute qui, pour Claudy, semble avoir fonctionné. Il suffit de l’entendre crier de joie lorsqu’une vague le pousse jusqu’à la plage et que ses dérives finissent par toucher le sable…

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